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Decazeville. Au Sud aussi, c’étaient les corons

Lorsqu’on pense à la mine, on entend l’accent du Nord, de la Lorraine. Pas celui, chantant et rocailleux, de l’Aveyron. Pourtant, pendant des décennies, on y a extrait la houille et craint le grisou. Au cœur de ce « pays noir », un musée retrace, depuis quarante ans, l’histoire de ces mineurs oubliés. Ceux quiont donné 15 millions de tonnes de charbon à la France.

Au bout d’une départementale sinueuse que les locaux dévalent avec aisance, Aubin et ses 3800 habitants. Sur la charmante place principale aux arbres centenaires, entre la jolie mairie et une terrasse où deux touristes hollandais sirotent un café, une statue de mineur, lampe à la main, barrette vissée sur la tête. Plus loin, un chariot de mine accueille un massif de fleurs. Ces images-là sont normales chez la Nordiste que je suis. Mais, sur ces terres de nature préservée, de vieilles pierres, d’aligot et de tourisme, elles m’intriguent.

Les Gueules noires aveyronnaises

Face à ce mineur à jamais figé dans le bronze : le musée de la mine et ses deux cents objets plongentle le visiteur dans l’enfer du charbon. Celui des mineurs aveyronnais de 1825 à 1966, jusqu’à la fermeture de la mine de fond.Vêtements d’époques, coupures de presse, archives ou barriques dans lesquelles les hommes s’entassaient au bout d’une chaîne pour descendre dans les galeries : le musée fondé par un ancien galibot -ces gamins de la mine- revient sur près de deux siècles d’exploitation houillère. En plus de la salle de projection et de l’impressionnante collection de lampes et de grisoumètres, une galerie reconstituée nous fait revivre le quotidien des Gueules noires de Decazeville et Aubin.Au bout de la fausse veine, le visiteur a même droit à la reconstitution kitsch d’un coup de grisou, ce gaz inodore, incolore et pratiquement indétectable qui a tant tué dans le fond des mines. Mais ce sont surtout les mille anecdotes de Renée Bélières, la guide,qui ressuscitent la dure vie de ces ouvriers oubliés.

Une vie est une vie

Pourquoi trouvait-on des chats au fond de la mine ? De quoi était fait le repas du mineur ? Qui étaient ces « pénitents » que l’on faisait courir dans les galeries avec une flamme? « Ici, 80 mineurs ont péri dans quatre coups de grisou,lance-t-elle dans la pénombre.On est loin des 1099 victimes de la catastrophe de Courrières, dans le Pas-de-Calais. Mais, une vie est une vie. Et il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui encore, des hommes, des femmes et des enfants risquent la leur à la mine dans d’autres parties du monde. »Sous la fausse charpente de bois, un adolescent glisse à son frère : « Quand je pense qu’on se plaint ! » Un Nordiste de passage, fils de mineur de fond lensois, sèche discrètement ses larmes.

Les fruits de la colère et de la lutte

Ici, l’histoire de la mine se confond avec celle des guerres et des vagues migratoires. Àgrand renfort de coupures de presse et de photos d’archives, le musée revient aussi sur les grandes conquêtes sociales du siècle dernier. « De la loi sur les livrets ouvriers jusqu’à la nationalisation des mines, que de chemin parcouru !», explique un panneau. Des avancées fruit « de grandes colères » et de « grandes luttes », peut-on lire plus loin.

Des journaux jaunis rappellent ainsi cette nuit de Noël 1961 que les mineurs du bassin houiller de l’Aveyron passèrent sous terre (ils y restèrent 66jours en tout) pour protester contre les premières grosses suppressions d’emploi. Cinq ans plus tard, l’extraction souterraine s’arrêtera après une lente agonie. L’exploitation de « La découverte », la gigantesque mine de charbon à ciel ouvert de Decazeville,subsistera, elle, jusqu’en 2001. « Avec ses 3,7 km de long pour 2,5 km de large sur plus de 250 mètres de profondeur, c’était la plus grande d’Europe », détaille la salariée de ce musée associatif.
« Decazeville tourne la page du charbon et choisit… », annonçait alors le journal local. La pliure de l’archive ne nous permet pasd’en savoir davantage.

Et après la mine ?

Ce qui est sûr, c’est qu’avec la fermeture de la mine, c’est tout un territoire qui a été laissé sur le carreau. Selon l’énergique Renée Bélières, « le bassin accueillait au moins huit mille ouvriers, ainsi que leurs familles, leurs enfants. À Aubin, nos trois écoles, nous les devons en grande partie à la mine. »Aujourd’hui, la population de l’ex-territoire houiller a été divisée par trois, déplore-t-elle. Adieu, bars, commerces et jeunes gens. « Ils fuient vers les grandes villes pour trouver du boulot ». Et sûrement un peu de vie. Dans l’ancienne rue commerçante de « Decaze »-comme on l’appelle ici-, les enseignes semblent toutes daterdes années 60. Les panneaux « à vendre » disputent l’espace aux encarts « à louer ».Certaines vitrines ont été abandonnées à la poussière. Chaque année, la cité se vide un peu plus. En 1930, la ville comptait 15 000 habitants. Aujourd’hui, elle peine à atteindre les 5500. Depuis 2010, la population a baissé de près de 10 %. L’année dernière, la maternité a fermé ses portes. Aujourd’hui, c’est l’hôpital qui est en sursis. Avec lui, ce sont des dizaines d’emplois directs et indirects qui sont menacés. Un pas de plus vers le fond pour l’ancienne ville minière.

Camille Drouet

Photos : Camille Drouet

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