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Les irréductibles Gaulois sont toujours là

Les annonces de réformes succèdent aux réformes. À marche forcée, la tornade libérale macronienne semble tout emporter. Peut-on encore arrêter le lynchage de notre modèle social ? Pourquoi et comment ? Catherine Perret, dirigeante de la Cgt et Olivier Jouchter, dirigeant de l’UCR-CGT échangent sur ces questions cruciales.

Pour l’an deux de son quinquennat, Macron met le pied au plancher. Pourquoi cette accélération des réformes ?

Catherine Perret : Rappelons-nous que le projet ultra libéral de Macron est de casser le modèle social de notre pays construit depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il veut faire en sorte que ça ne soit plus la richesse créée par le travail qui assure les solidarités intergénérationnelles contre les risques et les aléas tout au long de la vie. Après un été chaotique, cette rentrée marque la fin de l’état de grâce pour le président et sa majorité. Il est donc confronté à la nécessité d’accélérer le rythme de ses réformes. S’il recule ou s’il ralentit, c’est l’ensemble de son projet qui s’écroule.

Olivier Jouchter : En effet. Surtout qu’après trente-cinq ans de politiques libérales, Macron joue sur du velours. En observant le paysage politique, aussi bien à droite qu’à gauche, il a fait le pari qu’il pouvait réformer rapidement le pays. D’autant plus vite qu’une partie de nos concitoyens est encore dans l’expectative et l’illusion du changement. Donc, il avance à marche forcée. Sauf que le ras-bol-grandit et qu’il se trouve confronté au risque politique. On le voit actuellement sur les questions du pouvoir d’achat ou sur le prélèvement de l’impôt à la source. Le Jupitérien pourrait bien tomber de haut.

Les mobilisations restent fortes dans de nombreux secteurs d’activité ainsi que chez les retraités. D’autres sont prévues. Sauf que, jusqu’ici, elles n’ont pas permis de gagner. Pour quelles raisons ?

Catherine Perret : En effet, que ce soit dans la santé, l’énergie, les services publics, Air France, chez les cheminots, chez Carrefour…pour l’emploi et les salaires, les situations conflictuelles sont sans précédent. Partout, la volonté de construire, de résister et de se mobiliser est intacte. De ce point de vue, nous ne sommes pas en échec. Mais nous sommes face à une déclaration de guerre visant à remplacer notre modèle social, fondé sur la solidarité, en règne du chacun pour soi. La riposte doit, bien sûr, être à la hauteur de l’attaque. Mais la prise de conscience et la perception de la globalité et de la cohérence des réformes n’est pas encore évidente pour tout le monde. Nous sommes donc engagés dans un processus de luttes de plus long terme. Et puis, contrairement aux retraités, la division syndicale pèse sur les mobilisations des salariés. Surtout face à un pouvoir qui érige la négation des organisations syndicales en stratégie. C’est pour ces raisons que les luttes n’ont pas, pour l’instant, permis de gagner. Mais le pouvoir n’ignore rien de cette situation. Pensant avoir l’avantage, il joue la montre et le temps court. Un temps qu’il sait lui être compté. Nous ne sommes pas en échec, loin de là.

Olivier Jouchter : Je partage bien sûr le propos de Catherine. J’ajoute un autre élément de compréhension : la perception, qu’après la droite et la gauche qui se sont succédé au pouvoir, Macron peut faire de la politique autrement, existe toujours. Beaucoup de gens restent encore en position d’attente. Alors, à bien y regarder, les luttes n’ont pas été vaines. Par exemple chez les retraités, comme le soulignait Catherine, depuis quatre ans, l’unité syndicale a permis de fédérer et d’élargir considérablement les mobilisations. Une situation inédite. Certes, on n’a pas gagné, mais le moral des troupes n’est pas entamé. Ça va d’ailleurs se vérifier très vite. Le blocage de la revalorisation des retraites en 2018 et l’augmentation à la marge pour 2019 et 2020, ainsi que la scandaleuse ponction de la CSG de 2017 ne passent pas. La colère gronde dans ce corps social puissant qui émerge. Il s’est exprimé largement les 9 et 18 octobre.

Dans ce contexte, que peuvent faire de plus, de mieux ou autrement les syndicats en général et la Cgt en particulier ?

Catherine Perret : Je crois qu’il faut s’adresser d’abord aux salariés. Là où ils travaillent. Raccrocher leurs préoccupations à la situation générale pour construire avec eux des alternatives en partant de ce qu’ils pensent utile pour changer leur vie au travail et hors travail. Dans les entreprises, les exemples de telles démarches, souvent unitaires et victorieuses, existent. C’est comme ça que la lutte paie. La solution passera par là et non par des discours globaux. Nous devons d’abord être dans la proposition et travailler au plus près du quotidien des gens. C’est de nature à pousser les feux de l’unité syndicale. D’ailleurs, toutes les organisations appelant au 9 octobre sont d’accord pour ancrer les mobilisations à l’entreprise. Évidemment, c’est parfois compliqué de construire un cahier de revendication unitaire. Mais faisons-le et les salariés choisiront le meilleur projet. Parler aux salariés et construire la revendication dans l’unité, c’est revenir aux fondamentaux du syndicalisme. C’est le seul chemin de l’efficacité. C’est ce qui fera bouger les lignes.

Olivier Jouchter : En ce qui concerne l’UCR-CGT, nous avons fait le pari d’ancrer l’activité revendicative au niveau des territoires. Là où vivent les retraités. Bien sûr, l’UCR est en capacité de décliner des grandes revendications comme les niveaux de pensions, la CSG… Mais tout ce qui concerne la vie quotidienne des retraités relève d’enjeux revendicatifs territoriaux (santé, services publics, transports, culture…). Tout cela contribue à un syndicalisme plus attractif. C’est essentiel, si nous voulons être plus nombreux. Cette démarche, partagée par l’intersyndicale des retraités (9 organisations et associations), donne de nombreux résultats encourageants du point de vue de l’élargissement des mobilisations.

À vous entendre, tout n’est donc pas perdu ?

Catherine Perret : Bien sûr que non ! Le discours selon lequel le syndicalise est affaibli est celui des libéraux qui nient le rôle des syndicats. De plus en plus de jeunes précaires de travail viennent à la Cgt pour être défendus. Ce faisant, ils nous apportent un grand bol d’air et font preuve d’une grande maturité. Ils veulent plus de souffle et de liberté dans le syndicat. C’est très encourageant.

Olivier Jouchter : Le fait que Macron nous considère comme d’irréductibles Gaulois montre que nous ne sommes ni morts, ni désespérés. On est bien là. Dans le prolongement du propos de Catherine, il faut aussi qu’on se regarde nous-même. Il y a beaucoup à faire. D’autant que, face à l’ampleur des attaques, il n’y a jamais eu tant besoin du syndicalisme. Mais on ne fait pas de la F1 avec un moteur de 2 CV….

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