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Bernard Lubat : Les artistes sont des « œuvriers »

Le sourcil froncé ne doit surtout pas vous dissuader de l’aborder. La contradiction est sa nourriture. Pour mieux « grandir », il refuse catégoriquement de « grossir ». Mais n’hésitez pas à participer au Festival d’Uzeste du 10 au 18 août. Un vrai bonheur.

41ème festival d’Uzeste cette année. Le premier en 1977. Comment est née cette idée ?

C’est une histoire de jambon ! Je suis né à Uzeste. J’y ai vécu mon enfance. Mes parents y tenaient l’Estaminet d’aujourd’hui. C’était le lieu populaire de la région. On y dansait, se rencontrait, on y faisait son repas de mariage…

J’étais à Paris depuis 1962. Avec mon ami Michel Portal nous décidons d’une tournée dans le Sud-Ouest de la France. À l’époque, à part le Podium Ricard et le Tour de France, très peu de manifestations culturelles étaient organisées ailleurs qu’au bord de la Méditerranée. Je propose à Michel d’aller voir mes parents, manger un bout de jambon avec eux. C’était le commencement de la fin de l’exode rural. Ils faisaient partie de ces gens qui voulaient profiter de ce qu’ils travaillaient eux-mêmes : vivre et travailler LE pays !

Le jambon était à l’image du soin apporté à l’élevage de leur cochon. Sans doute conquis par ce moment d’authenticité donnant un si bon produit, Michel Portal me dit : « Et si dans cet esprit, on faisait un concert à l’Estaminet ? »… qui s’avérait évidemment trop petit. Le curé convaincu, le concert eut lieu dans l’église devant 200 personnes ! C’était le point de départ d’une manifestation musicale, loin de toute pression, en toute liberté et authenticité. Uzeste, c’est comme le jambon de mes parents !

Quel cheminement de cette démarche durant ces quarante années ?

Ce qu’on voulait faire, c’est en le faisant qu’on l’a découvert… Comme dans une grève : on sait d’où l’on part, pourquoi… pour le reste, c’est la surprise, la découverte… et, si tout va bien, au bout, les acquis.

Après quelques années, on a eu le péché de grossir. Claude Nougaro, Jacques Higelin et d’autres sont venus à Uzeste. Leur bonne volonté pour s’inscrire dans notre démarche était évidente, mais leur célébrité drainait beaucoup de monde qui ne venait pas dans cet état d’esprit. On a donc refusé de grossir pour mieux grandir.

Et puis, c’est quand on croit que l’on sait qu’on est foutu. La musique, ce n’est pas que de la musique. Uzeste, ce n’est pas que la musique… La musique « à vivre », c’est politique, esthétique, ludique, philosophique à la fois. La musique « à vendre » nous tient par les oreilles ! C’est une arme de dissuasion massive comme jamais pour le capital. Par exemple, contre cette croyance que parce qu’elle est majoritairement diffusée, elle serait la seule option possible. On nous fait ni plus ni moins que ce coup-là avec Macron qui n’est même pas majoritaire !

À l’inverse, la musique doit aussi être un lanceur d’alerte face au capitalisme qui récupère tout, qui sait déplacer sans arrêt ses curseurs pour dissuader ceux qui sont légitimes à lui demander des comptes. Uzeste, nous avons voulu, nous voulons que ce soit ça, c’est-à-dire une approche politique, populaire, sociale et c’est bien à partir de ce parti pris que s’est réalisée cette osmose avec la Cgt. Une osmose à la fois nourricière et nourrissante. Est-ce un hasard si les mots « ouvrir », « œuvre » et « ouvrier » se ressemblent musicalement ? Les artistes sont des « œuvriers ». J’ai précieusement gardé ce lapsus entendu un jour. Le capitalisme promeut le succès…pas l’œuvre !

Peut-on penser que le public d’Uzeste serait élitiste ?

Non. Les spectateurs d’Uzeste sont des forces vives. Ce qui me mine, c’est de voir la population précarisée par ce que certains appellent « élitisme ». Savoir lire, écouter de la musique, de la poésie serait élitiste !? Tous les étés, ce sont 400 ou 500 personnes venues de partout mais qui toutes, agissent déjà socialement dans leur coin. Uzeste est pour eux une sorte de renvoi d’ascenseur. Bien entendu, cette année, on y parle SNCF, violences faites aux femmes, violences tout court, accueil plutôt que rejet des migrants, capitalisme qui nous envoie dans le mur.

« Lubat agace, Lubat se paye de mots », disent certains qui ne vous connaissent qu’en surface. Quelle réaction ?

Chacun est porteur de sa singularité irremplaçable. Je suis dans ce cas ! Lubat est incontournable ? …Et alors ?! Ce que je sais, c’est que j’apprends toujours. Chaque jour, je fais 2 heures de piano et de batterie, je lis 3 heures et pendant 2 heures, j’écris de la musique. À partir de là, j’ai du mal à faire un concert sans parler… Les spectateurs trouvent ça plutôt bien, les organisateurs plutôt mal ! L’artiste est un critique en situation critique…Pas en surplomb d’une réalité qui serait virtuelle et ne poserait donc pas de problème.

Propos recueillis par Pierre Corneloup


Bernard Lubat compte parmi les grands musiciens de jazz vivants. Parmi ses compagnons de route et de travail, Michel Portal, Martial Solal, Eddy Louiss ou encore Stan Getz. Il a longtemps accompagné Claude Nougaro et Jacques Higelin. C’est en 1977 qu’il fonde le festival d’Uzeste, son pays de naissance, devenu aujourd’hui son « quartier général » loin des paillettes parisiennes.


 

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